Archive pour novembre, 2010

25. Où l’on voit poindre, sous le masque factice de la bienfaisance, une monstrueuse figure …

Dès lors, il restera au maître à se donner le plaisir de faire la charité sur fond d’une jouissance inconsciente de la brisure qu’il a imposée au travailleur. Le voici dans l’heureuse perspective de pouvoir soulager cette misère humaine – à laquelle il a lui-même contribué –  en pratiquant la charité … avec les deniers de l’Etat. Puisque l’être humain est réduit, en tant que producteur aliéné, à une « fonction », il sera désormais très facile de lui nier tout statut de sujet, lequel est accessible notamment par l’exercice du droit au travail, par ailleurs intimement lié au droit à l’existence (cf Robespierre). Dans ces circonstances, Thiers peut affirmer très tranquillement qu’ « il y a lieu, non pas de proclamer un droit [au travail], mais d’invoquer fortement la bienfaisance de l’Etat, de lui imposer le devoir d’employer tous ses moyens pour venir au secours des ouvriers sans travail. »

Dans le cadre de cette « mise en fonction », le producteur n’a en outre pas de prise sur les fruits de son travail : en effet, la propriété dont Thiers assure de façon mensongère que tous ceux qui travaillent peuvent bénéficier, est bel et bien réservée aux seuls propriétaires de capitaux. C’est bien pourquoi en 1848, au moment critique (pour ces derniers) où, de nouveau, « ça tremble dans le manche », il se voit contraint de lancer un vibrant appel aux fauteurs de troubles : « Au lieu de ravager ces moissons pour nous les disputer, unissons-nous pour les défendre, et en assurer la possession à celui qui les fit naître », et en appeler solennellement à « la paix entre toutes les classes de la société. »

Il se trouve que « la paix entre toutes les classes de la société » n’est qu’une chimère puisque, il faut bien le dire, ça tire dans tous les sens … Alors, pour que cet état de fait propre au registre imaginaire ait toutes les apparences de la réalité -  afin surtout qu’il soit possible de continuer, selon le très poétique Voltaire, à cultiver son jardin, c’est-à-dire à faire fructifier paisiblement ses petites affaires -,  il faut lui donner une sorte de garant qui pourra à l’occasion se transformer en un  bras armé redoutable face aux éventuels empêcheurs de tourner en rond …  Désormais bien installé sur le trône de feu dame patronnesse, l’Etat va assumer le rôle d’un dispensateur de faveurs comme de sanctions et cibler ses actions de façon à ce que soit atteint ce que beaucoup appellent de leurs voeux : cette fameuse cohésion sociale en fait inaccessible, puisque parfaitement imaginaire …

A dire vrai l’Etat, en tant qu’il se trouve à la place du grand Autre, ressemble fort à cet ogre qui a droit de vie et de mort sur ses enfants (chéris) qu’il caresse … puis dévore. Ainsi pour Thiers, « l’Etat [...] n’étant obligé qu’à soulager des misères [...] a le droit de distinguer entre la misère vraie et la misère feinte, entre le malheur intéressant, digne des secours du pays, et le malheur factieux. » Thiers qui ne manque pas de rappeler sur le ton de la menace aux « factieux » potentiels qu’on doit tout à l’humanité souffrante, « tout excepté l’impossible, excepté la violation des principes sur lesquels la société repose. »

Quels sont donc ces principes sur lesquels repose  la société où officie le riche et illustre Adolphe Thiers ? Sur le droit de propriété privée ou, plus précisément, sur l’appropriation privée des moyens de production, des stocks et des réserves monétaires permettant l’exploitation du travail d’autrui. C’est bien pourquoi l‘Etat à la solde de la (grande) bourgeoisie se doit d’être sans pitié (et il le sera !) pour celles et ceux qui, parce qu’on a porté atteinte à leur vie et à celle de leurs enfants, ont osé faire valoir leur droit à l’existence par la reconnaissance du droit au travail et ont été contraint(es), ces droits ayant été bafoués, à exercer leur droit à l’insurrection

Il nous faut ne jamais oublier la figure féroce d’un Adolphe Thiers chevauchant l’Etat pour écraser dans le sang la Commune de Paris, laquelle  ne faisait qu’exiger le respect des droits fondamentaux des peuples qui continuent au jour d’aujourd’hui à être piétinés.  Qu’on se le dise, il n’y a pas que dans les contes que les ogres exercent leur sinistres talents…

Publié dans:Non classé |on 25 novembre, 2010 |Pas de commentaires »

26. Où s’élabore, sous l’effet du discours dominant, l’occultation (et l’oubli) de l’Histoire

Dans son essai « Du contrat social » dont la première version fut rédigée en 1758, année où naquit Maximilien Robespierre, Jean-Jacques Rousseau  « suppose les hommes parvenus à ce point où les obstacles qui nuisent à leur conservation dans l’état de nature l’emportent par leur résistance sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état. Alors cet état primitif ne peut plus subsister, et le genre humain périrait s’il ne changeait sa manière d’être. »

Ainsi, poursuit-il, « comme les hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces, mais seulement unir et diriger celles qui existent, ils n’ont plus d’autre moyen pour se conserver que de former par agrégation une somme de forces qui puisse l’emporter sur la résistance, de les mettre en jeu par un seul mobile et de les faire agir de concert. »

Telle que Rousseau la conçoit dans une analyse qui, s’appuyant sur ce que l’on  peut déjà qualifier de matérialisme historique avant la lettre, anticipe et annonce, en quelque sorte, ce qui constituera un siècle plus tard l’univers de la pensée de Marx, la volonté générale s’inscrit au coeur d’une dynamique collective, mise en mouvement par des circonstances historiques déterminées qu’il énonce. Dans ces conditions, la préoccupation de Rousseau va être de développer un système permettant de donner à cette volonté une expression qui corresponde à son essence, soit un contrat social basique c’est-à-dire,  « une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. »

Ce pacte social fondé sur « la force commune » avait en son temps la caractéristique de mettre directement en cause la monarchie de droit divin, dans le sens où le roi, sacralisé à l’image de Dieu dont il procède, fournit par sa seule présence une totalisation où tout commence et où tout finit. A travers elle, c’était donc nécessairement ce principe de totalisation qui était remis en question. On sait ce qu’il en est advenu quelque trente années plus tard …

Du côté d’un certain Benjamin Constant, il va s’agir d’élaborer en opposition – et en réaction – au très « subversif » Jean-Jacques, des « Principes politiques » fondés eux-mêmes sur un seul et même principe absolument fondamental permettant la réalisation de ce que la monarchie de droit divin, désormais défunte, était justement en mesure de réaliser : cette totalisation en tant qu’outil d’explication du tout, dont la carac-téristique principale – pour ne pas dire l’avantage – est de simplifier extraordinairement la réalité politique …

C’est ainsi que, faisant abstraction d’un élément absolument essentiel de l’analyse de Rousseau, à savoir les conditions historiques ayant présidé à la mise en oeuvre de la volonté générale et, par suite, à la constitution du peuple en nation souveraine, Benjamin Constant prend le parti de postuler, tout de go et sans autre forme de procès, que « la loi doit être l’expression ou de la volonté de tous, ou de celle de quelques-uns ». Il est bien évident que, présentée d’ores et déjà sous cet angle, la volonté générale ne peut que s’en trouver subvertie par le seul fait qu’elle apparaît comme déjà là, toute faite. Etant dès lors son propre début et sa propre fin, la volonté générale se résume dans l’Un, forme d’ipséité propre à Dieu auquel il convient d’aliéner tout son être, pour le meilleur … et le pire.

Car nous allons voir quelles en seront les redouta-bles conséquences …

Publié dans:Non classé |on 24 novembre, 2010 |Pas de commentaires »

27. Comment faire passer à la trappe tout concept de volonté générale fondée sur une dynamique collective ?

Puisque, selon le point de vue adopté par Benjamin Constant, la volonté générale constitue à elle seule LE principe de totalisation, il ne reste plus qu’à définir la nature de l’autorité qui devra exprimer cette volonté : dans la mesure où, selon lui, « toute autorité qui gouverne une nation doit être émanée de la volonté générale » , quel individu, quel groupe humain, quelle force armée, quelle doctrine politique, etc… pourra se hisser à cet endroit pour exprimer la volonté générale et, à travers elle, définir la vie politique, économique, culturelle, voire religieuse de la nation ?

Tout comme en optique il est possible de faire se porter un regard sur un point précis, de façon à ce que ce qui se trouve à l’entour soit écarté du champ de la vision, Constant prend le parti de nous faire considérer cette épineuse question à partir d’un point de vue tout à fait particulier, à savoir, ce qui doit fonder en droit l’autorité exercée par une minorité … Dans quel but ?

Disposé à faire jouer discrètement les conditions permettant à une minorité d’exprimer en toute légitimité la volonté générale, qui ne peut en aucun cas être la volonté de la majorité, il introduit très rapidement – et pour paraître ne surtout pas se ranger du côté de la force – cette assertion que « si vous [...] reconnaissez [que la force est] légitime, autrement dit, si vous érigez la force en droit, elle l’est également [légitime], quelques mains qui s’en saisissent, et chacun voudra la conquérir à son tour » 

Voilà qui est parfaitement condamnable, veut-il nous dire : et ce n’est donc pas la voie que je propose, bien sûr ! Mais alors, comment consacrer, voire sacraliser, ce pouvoir de la minorité et ce qui le sous-tend fondamentalement ? C’est alors qu’il en vient à affirmer que « si vous supposez le pouvoir [et non la force]du petit nombre sanctionné par l’assentiment de tous, ce pouvoir devient la volonté générale ».

Autrement dit, c’est l’assentiment de tous qui forme la volonté générale… C’est donc le pouvoir de conviction de la minorité qui règne sur l’ensemble de la collectivité… Il reste donc à voir le critère qui sert de fondement à cette minorité qui dispose des moyens de convaincre, et ce pourquoi ces moyens sont décidément porteurs de conviction.

Patience, patience …

Publié dans:Non classé |on 23 novembre, 2010 |Pas de commentaires »

28. Une convention sociale … à but lucratif…

Voici le moment où Benjamin Constant nous introduit subrepticement dans le monde des affaires (?), faisant apparaître du même coup le caractère prépondérant, décisif, de ce qui va constituer – et ce n’est pas peu dire – le nerf de la guerre, le signe de ralliement pour un groupe d’hommes qui  « s’associent »  en vue d’ « une entreprise de commerce ». Constant nous les décrit menant des tractations au cours desquelles ils « mettent en commun une partie de leur fortune », d’où la possibilité pour « la majorité des associés » de « diriger l’emploi des fonds mis en commun », sachant que « ce qui reste à chacun est sa fortune privée » …Quel rapport cela a-t-il donc avec des « principes politiques » ?

Evoquée de façon pour le moins impromptue par Constant, cette expérience humaine en quelque sorte exemplaire que paraît constituer la création d’une société commerciale serait-elle destinée à démontrer que la dynamique qui porte des hommes (les hommes ?) à s’associer, ne serait ni plus ni moins que l’intérêt personnel ?Et, tout particulièrement, celui dicté par cette fameuse liberté d’entreprendre qui exige la mise en œuvre – voire en action(s) – de capitaux privés, et ne peut par conséquent s’exercer dans toute sa plénitude que grâce aux moyens garantis, dès le départ, par celle qui, telle « l’arlésienne », hante tout le discours de notre homme, à savoir … la propriété privée ?…

A travers des écrits qui peuvent apparaître comme quelque peu datés, nous avons à nous affronter à ce qui, en définitive, est tout à fait proche de nous, gens du XXIème siècle, puisque c’est bien l’existence humaine, dans toutes ses dimensions, qui s’en trouve affectée : nous y voyons surgir la figure emblématique de ce qui constitue les grandes manœuvres  financières inaugurées par le Directoire, deux ans après la chute de l’incorruptible Robespierre …

A cette époque – restée célèbre dans l’histoire de la spéculation – verraient le jour de grandes sociétés par actions, dont la suprématie serait confirmée en 1804 par le Code civil proclamant la propriété privée absolue et perpétuelle. Jusqu’au moment où la liberté de constitution qui leur serait accordée par la loi du 24 juillet 1867 permettrait l’utilisation d’un procédé ingénieux (les actions) pour diriger l’épargne vers les affaires industrielles et commerciales, tout en donnant à ceux qui deviendraient actionnaires, un moyen merveilleux de participer aux affaires sans engager leur responsabilité personnelle, c’est-à-dire, sans devoir rendre aucun compte devant la nation.

En 1951, Georges Ripert fait ce constat édifiant que « toutes les entreprises importantes ont passé entre les mains des sociétés. La liberté a permis de concentrer les capitaux nécessaires à la grande industrie et au grand commerce. Ceux qui détiennent les capitaux sont devenus les maîtres »… Ils le sont toujours, et sur une échelle bien plus large qu’il y a soixante ans … En vertu de quel droit ? …Quel est donc la source de cette souveraineté quasi absolue sur le temps et les distances …

Sur la vie, en somme ?…

Publié dans:Non classé |on 22 novembre, 2010 |Pas de commentaires »

29. Comment, à partir du droit d’user et d’abuser de la chose, s’élabore un processus d’intériorisation d’une morale aux préceptes inattaquables …

 

L’un des articles de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 – reprise en préambule des actes constitutionnels français, dont celui de la Vème république – proclame solennellement « le droit de propriété inaliénable et sacré » … Laissons à Georges Ripert le soin d’en préciser les effets : « la propriété individuelle libre et sacrée, la convention librement formée et tenant lieu de loi [...] sont les deux bases qui vont permettre la création d’un ordre nouveau

Quel est-il ? « Désormais, poursuit Georges Ripert, l’homme a la disposition des capitaux qu’il a accumulés ou empruntés ; il exerce le commerce ou l’industrie qui lui plaît ; il en vend librement les produits ». Enfin, « il se procure par le contrat le travail d’autrui », c’est-à-dire de l’individu désormais dépossédé de ses moyens de production, et contraint ainsi de vendre sa force de travail pour vivre.

Dans ses « principes politiques », il s’agissait pour Benjamin Constant de démontrer le bien-fondé de l’exercice sans contrainte de cette souveraineté qui ne peut être désormais fondée que sur la propriété individuelle, déclarée libre et sacrée par convention et donc, avec « l’assentiment de tous », garantissant ainsi une jouissance sans frein à ses détenteurs.

Pourquoi donc s’en priveraient-ils d’ailleurs, puisque l’article 1er du décret des 5-12 juin 1791 pose le principe de la liberté juridique de la propriété, conférant droit d’user et d’abuser de la chose, … sauf les restrictions nécessitées par l’intérêt général, y précise-t-on, ce qui, bien évidemment, peut prêter à de nombreuses interprétations …

Sans doute arguera-t-on, en s’appuyant sur le niveau d’avancement économique de la France de cette époque, qu’il n’était pas possible de prévoir les conséquences désastreuses induites par la légitimation de la propriété privée, laquelle sous-entendait nécessairement – et ne pouvait se comprendre sans – la légitimation de l’appropriation privée des richesses par une minorité (les propriétaires) aux dépens de la majorité (les non-propriétaires).

Et pourtant … Certains n’avaient-ils pas pressenti déjà la nécessité d’imposer des limites au droit de propriété (privée) en lui opposant celui qui se présentait comme le seul à même d’exercer un réel contre-pouvoir, c’est-à-dire le droit à l’existence ?… Le fait que ce droit à l’existence n’eût, pour notre plus grand malheur, jamais droit de cité n’est cependant pas la seule conséquence de l’institution de la propriété (privée) en pouvoir suprême.

Car ce qui exprime la volonté générale est déjà inscrit, comme l’existence de la volonté générale, dans l’ordre établi sur la base, cette fois-ci, de la propriété seule à être sacrée : ainsi, le droit de propriété est la volonté générale. Cela veut-il dire que la volonté de la majorité ne fait plus qu’un avec lui et qu’ainsi, en tant que nous sommes cette majorité même nous devrions assumer – en toute conscience ? – les infamies et les horreurs perpétrées en son nom ?…

Comment avons-nous pu être à ce point subjugués par un « principe politique » qui décide de tout, s’exprime littéralement à notre place – par notre bouche, en quelque sorte – jusqu’à nous persuader que toutes et tous parlons en notre propre nom ? …

Publié dans:Non classé |on 15 novembre, 2010 |Pas de commentaires »

30. Là où sur fond d’évidences s’exerce la tromperie …

Comment en sommes-nous arrivés à perdre le fil de ce qui constitue la réalité de nos conditions d’existence, à cette impossibilité pour nous d’appréhender ce qui, en réalité, préside à l’exercice d’une souveraineté que nous sommes persuadés avoir voulue en toute conscience et dont nous n’avons de cesse de revendiquer, d’une seule et même voix, le bien-fondé ?

Il se trouve que la méconnaissance, dans son acception d’oubli, prend place dès lors que la réalité est travestie par des simulacres de vérités mis en oeuvre pour rallier tout le monde à la même cause … Il suffit pour le comprendre de se référer une fois encore à l’éminent Benjamin Constant … Selon lui, « l’on peut affirmer, sans exagérer l’influence de la vérité sur les hommes», que « lorsque de certains principes sont complètement et clairement démontrés, ils se servent en quelque sorte de garantie à eux-mêmes.» C’est ainsi qu’« il se forme à l’égard de toutes les vérités que l’on parvient à environner de preuves incontestables une opinion universelle qui bientôt est victorieuse »…

Chevauchant son cheval de bataille favori qui est très précisément la limitation de la souveraineté du peuple, Constant déclare tranquillement que « s’il est reconnu que l’autorité sociale n’est pas sans bornes, c’est-à-dire qu’il n’existe sur la terre aucune puissance illimitée, nul, dans aucun temps, ne saura réclamer une semblable puissance» ; ainsi, la limitation de l’autorité sociale «sera garantie d’abord par la même force qui garantit toutes les vérités reconnues« , autrement dit, « par l’opinion Ceci étant acquis, il restera à « garantir[la limitation de l’autorité sociale] d’une manière plus fixe», c’est-à-dire « par l’organisation particulière des pouvoirs politiques

Des pouvoirs politiques désormais inattaquables grâce – cela vaut la peine de le redire – à « toutes les vérités que l’on est parvenu à environner de preuves incontestables »… « L’opinion universelle » se formera donc à partir de toutes les fredaines que le « on » de service aura été en mesure de proférer sans qu’il soit possible, parce qu’il est l’interprète de tout le monde et de personne à la fois, de lui demander aucun compte sur la véracité de ses dires alors que, dans le même temps, il exerce, en entretenant l’illusion d’une évidence partagée, une redoutable transcendance.

Une prétendue évidence partagée dont les points d’appui seraient la liberté politique et surtout, « l’indépendance de la pensée » à travers son symbole intouchable (sous peine de lèse-majesté), la liberté de la presse … Cette presse tellement libre qu’elle en est réduite, le plus souvent, au rôle d’interprète inféodé au discours dominant … Cherchez l’erreur !

Ce que notre pauvre « philosophe » persiste à ne pas voir, c’est en effet l’impasse où mènent nécessairement ces « vérités reconnues » : parce qu’elles sont fondées, en réalité, sur des préjugés, l’ « opinion universelle » censée se former à partir d’elles ne sera jamais qu’un système de préjugés … Alors, quel avenir possible pour la liberté et la pensée dès le moment où elles sont subverties, c’est-à-dire engluées dans une structuration imaginaire dont la caractéristique fondamentale est de rendre d’avance toute liberté, c’est-à-dire toute émancipation, illusoire ?

Parmi les innombrables prétendues « vérités reconnues» qui sillonnent de bout en bout le discours de Constant, il y a par exemple l’un de ces postulats accouchés par les « Lumières » qui pose comme principe incontestable (bien qu’ indémontrable, n’en déplaise à monsieur Constant)  que la Nature, en tant qu’elle constitue l’origine et  la justification de toutes choses, est libre de distribuer ses prodigalités comme (et à qui) bon lui semble…   Pour Constant, l’effet en serait immédiat : à partir du moment où la conception d’une nature souveraine s’impose, il s’ensuit que « l’indépendance de la pensée »  qu’elle aurait selon lui conférée au genre humain est d’essence souveraine. Souveraine, et donc libre ?…

Libre, ou plus exposée que jamais à la tromperie ?…

Etre trompé par ses propres boniments, voilà qui est tout de même un comble ! Comme un maître perché tout en haut de sa chaire, Constant clame à qui veut l’entendre cette « évidence » que  « la nature en créant l’homme n’a pas consulté l’autorité.» Mieux encore !, « elle a voulu - où sont les preuves ? -  que toutes nos facultés eussent entre elles une liaison intime et qu’aucune ne pût être limitée sans que les autres s’en ressentent ». Voilà bien le genre de balivernes qu’il nous faut prendre pour les « preuves incontestables » de cette éclatante et universelle « vérité » – car qui donc n’en est pas persuadé de nos jours encore ? – qui veut que l’épanouissement de l’individu constitue la fin des fins de toute existence humaine ?

Sauf que de là, il n’y aura qu’un pas à franchir vers l’injonction, laquelle n’a plus rien à voir avec la liberté, injonction que l’individu se fera désormais à lui-même (et c’est ce qui est décidément très fort) de jouir sans entraves, pour en arriver là où nous sommes, là où il ne nous reste, semble-t-il, que les yeux pour pleurer …

Publié dans:Non classé |on 4 novembre, 2010 |Pas de commentaires »

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