Archive pour décembre, 2010

22. Comment tirer un profit maximal de la force de travail : l’enjeu du désir et de sa subversion

Regardons maintenant de plus près ce qui se cache derrière le discours très conformiste de Thiers qui, dans un embrouillamini imaginaire, nous fait montre de ses talents de manipulateur de symboles. Voici précisément de quoi il ressort dans ce tour de passe-passe prodigieux destiné à faire prendre des vessies pour des lanternes.

L’idéologie dominante, dont cet homme est à son époque l’un des tenants forcenés, se fabrique sur une subversion du désir : c’est ainsi que le maître (le détenteur de capitaux en système capitaliste) définit les objets de désir sur lesquels l’esclave destiné à lui rester soumis (le travailleur) doit fixer son attention, ce qui a pour effet de le détourner de la vérité de son assujettissement en brouillant son désir d’en savoir plus sur les circonstances de son malheur, autrement dit, en brouillant  l’accès à une parole qui décrypte ce que l’idéologie dominante rabat vers l’inconscient.

Ainsi, « pour exciter [l'homme] au travail, affirme Thiers, il faut lui montrer l’appât du bien-être ». Autrement dit, il s’agit de placer devant le regard de celles et ceux que l’on veut soumettre à ses intérêts, un écran qui masque ce qui se trouve derrière, c’est-à-dire l’exploitation du travail qui détruit d’instant en instant la famille ouvrière. Ce même écran permet la projection sur lui-même d’images totales et par là attrayantes (tout en étant fallacieuses) où l’on voit la famille heureuse dans un présent serein d’où elle anticipe un futur de rêve…

Voyons ce que peut nous en dire encore l’inénarrable petit Thiers : « [...] cette application constante à une tâche obscure, qu’on appelle le travail, ne s’obtient que par la perspective du bien-être. [...] Il faut récompenser le travail conformément au but qu’il se propose, et pour l’exciter autant que possible, lui donner ni plus ni moins qu’il n’aura produit, mais autant. Il faut rapprocher le but de ses yeux, et pour cela lui présenter non le bien-être de tous, ni même celui de quelques-uns, mais le sien et celui de ses enfants. Outre qu’il y aura justice à en agir ainsi, il y aura excitation la plus haute possible. »

Dès lors, la structuration imaginaire fonctionne à plein : si l’ouvrier devient sage dans sa misère, s’il s’identifie au peu de tranquillité qu’il peut obtenir en économisant sur tout et en s’identifiant au discours (du mensonge) de ses maîtres, il trouve dans l’image qui lui est proposée de lui-même  -   bon travailleur, bon mari et bon père  -   la courbure d’un désir qui le plie à prendre toute sa place dans le système de production, c’est-à-dire à respecter toutes les contraintes qui sont celles de l’appropriation privée des moyens de production sur une échelle élargie.

 

Publié dans:Non classé |on 23 décembre, 2010 |Pas de commentaires »

23. Où il nous est donné de découvrir ce que cache l’image idéale projetée sur le miroir (aux alouettes) …

Au coeur du discours mensonger véhiculé par les dominants à l’attention des dominés figure en bonne place la famille. Dans sa version bourgeoise, la famille constitue le fondement ainsi que l’instrument de reproduction du système économique capitaliste fondé sur l’appropriation privée des moyens de production, autrement dit, sur l’exploitation du travail du plus grand nombre, avec pour conséquence directe la maîtrise totale par quelques-uns et pour leurs propres intérêts des moyens de production et d’échange aux dépens de la majorité. D’où, comme nous l’avons vu précédemment, l’intérêt pour les classes dominantes de subvertir le désir des classes laborieuses pour la bonne marche et la continuité du système.

C’est ainsi que pour Thiers, comme pour les tenants (et ténors) du libéralisme, la famille se présente comme une association d’individus ayant des intérêts communs à l’exemple, pourquoi pas, d’une société à but lucratif … Voici comment celui-ci nous parle de manière touchante, et en grand connaisseur qu’il est très certainement, de « l’association » conjugale : « L’être qui est associé à vos intérêts pendant toute votre vie, qui a même orgueil, même ambition, même fortune, ne saurait jamais vous être indifférent, et si l’extrême rapprochement des existences a produit des froissements, le jour où cet être vous est ravi, le vide qui se fait en vous prouve quelle place il tenait en votre âme. »

Faisons fi de tout angélisme dans cette affaire et ne nous y trompons pas : qui dit association ne dit pas nécessairement égalité c’est-à-dire démocratie, surtout lorsque sa raison d’être dépend d’individus, c’est à dire d’êtres singuliers et distincts (cf Thiers lui-même) que l’on peut très bien imaginer s’engageant à l’égard d’associés  -  considérés eux aussi comme des êtres distincts et singuliers  -  mais nullement à l’égard de la communauté (et pour le bien public) dont ils seraient devenus, de par leurs prérogatives très particulières, indépendants puisque régis par une morale propre.

A cet égard, la morale qui domine le discours de Thiers comme celui de tous ses semblables est censée légitimer ce type d’association qu’est la famille bourgeoise qui s’appuie, en réalité, sur l’aliénation de certains de ses membres. Fondement de celle-ci, le mariage  -  et particulièrement encore à l’époque de Thiers  -  entraîne sur le plan civil, c’est-à-dire par l’effet d’un contrat, la soumission entière de la femme à son mari. Belle association, en effet…

Mais ce n’est pas tout, car pour conférer un caractère sacré (et donc intouchable, au même titre que le droit de propriété) à ce qui, il faut bien le dire, n’est ni plus ni moins que l’aboutissement d’une transaction financière et/ou patrimoniale entre deux fortunes (qui ont bien entendu un intérêt commun à s’associer), il faut l’assentiment, ou plus exactement la sanction d’une puissance transcendantale. D’où l’entrée en scène du sacrement religieux du mariage lequel, soit dit en passant, va jouer pour des générations entières le rôle d’un surmoi redoutable dans sa capacité de mortification.

Pas étonnant alors que M. Thiers se montre très reconnaissant à l’égard de la religion, et en particulier du christianisme. Car pour lui le christianisme, « qui a tant fait pour la société humaine, en contenant l’homme, en l’obligeant à immoler ses penchants, à respecter la faiblesse de la femme comme celle de l’esclave, a constitué la famille telle qu’elle est. » Voilà comment l’on justifie du même coup et en une seule phrase l’exploitation de la femme par l’homme et l’exploitation de l’homme par l’homme !

Publié dans:Non classé |on 9 décembre, 2010 |Pas de commentaires »

24. Les ressorts de l’aliénation

Selon les dires de l’illustre coryphée de la production capitaliste qu’est Adolphe Thiers, « l’ utilité sociale veut impérieusement que l’homme soit assuré de conserver le produit de son travail pour qu’il travaille, car, sans le travail constant, opiniâtre de tous ses membres, la société resterait misérable. » C’est pourquoi, « en instituant la propriété personnelle la société avait donné à l’homme le seul stimulant qui pût l’exciter à travailler » ; cependant, « il lui restait une chose à faire, c’était de rendre ce stimulant infini. » Or, « cette même utilité sociale veut tout aussi impérieusement qu[e l'homme] puisse transmettre à ses enfants, car autrement il ne serait animé que d’une demi-ardeur pour le travail ».

C’est ici qu’intervient un schéma tout prêt à l’emploi pour nos chers capitalistes : celui du registre imaginaire qui, dans sa fonction d’éparpillement, tend à la mise en fonction de la femme pour l’homme, de l’esclave pour le maître, ou de l’ouvrier pour le patron. Et conduit tout droit à l’aliénation.

Au titre de la place qu’il se donne du grand Autre – autrement dit, Dieu, excusez du peu - Thiers tend à organiser cette mise en fonction où le « père » et la « mère » portent (de façon différenciée) un appendice qu’il s’agit de rabattre de la sphère du désir (d’en savoir plus sur les causes de leur exploitation globale) vers la fonction sexuelle basique de reproduction de soi. Ainsi, d’après Thiers,  « ne reste-t-il pas les enfants pour lesquels la famille a été instituée ? » D’ailleurs, « l’époux, l’épouse dont les sentiments sont altérés  se retrouvent, s’entendent, quand il s’agit de ces êtres chéris, but unique de la vie quand la vie n’a plus de but ».

De « cet être chéri  » qu’est l’enfant, il se peut fort bien que Thiers se saisisse à pleines mains, faisant en quelque sorte de celui-ci un appendice phallique déchu, au sens de la castration « fonctionnelle ». La « souffrance » et son remède se rangent alors très nettement dans la dimension de la jouissance inconsciente du « maître » : le voici maintenant en présence d’un désir brisé jusque dans la chair de la chair d’autrui (parce que cet autrui est désormais en fonction).

Publié dans:Non classé |on 1 décembre, 2010 |Pas de commentaires »

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