21. « … un noeud de servitude imaginaire que l’amour doit toujours redéfaire ou trancher. »

Ce grand appétit de richesse induit par le désir de puissance (imaginaire) – ainsi la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, à partir d’un corps imaginaire et pour l’image d’un boeuf qui n’est, en conséquence, que dans le miroir – est assimilable à celui d’un personnage mythique de l’enfance : l’ogre. Sauf qu’ici, il s’agit plus exactement de l’ogresse (la mère sous les traits du grand Autre initial) qui dévore « ses enfants » tout simplement parce qu’elle les « aime » … c’est-à-dire, ne jouit d’eux que s’ils sont couverts de sang. Voilà ce qui, par conséquent, se cache derrière cette « sollicitude » revendiquée par Thiers à l’égard des « pauvres » : plus grande est leur misère, plus grande est sa jouissance.

Dans la dimension politique, les « enfants » sont ceux et celles dont les « maîtres » estiment qu’ils n’ont pas la parole : les « pauvres », à l’égard desquels peut s’exercer la charité qui se transforme en blessures de larmes et de sang sitôt qu’il leur prend l’extravagante idée de se mettre à déployer les articulations symboliques qui définissent un front de lutte et l’ensemble de la structuration langagière qui le soutient. A cet égard,  l’écrasement de la Commune de Paris ordonné par Thiers en aura été l’une des expressions les plus éclatantes. Nous ne relaterons ici qu’un seul événement de cette tragédie, tant il est exemplaire :  l’après-midi du 24 mai 1871, on avait retrouvé sur la chaussée d’Antin huit cadavres d’enfants dont le plus âgé n’avait pas quatorze ans. Fusillés. Le même jour, le scélérat dénommé Thiers télégraphiait à son acolyte Jules Favre : « Je rentre de Paris, où j’ai vu de bien terribles spectacles. Venez, mon ami, partager notre satisfaction. »

On peut à présent se demander ce que serait, dans toute sa vérité,  l’amour face aux « pauvres », aux « faibles » …  Ne serait-ce pas accepter de mourir à sa condition de maître prétendu, pour entrer dans la voie de la reconnaissance du caractère ignoble de l’exploitation de l’être humain par l’être humain, et selon une conversion qui ne s’effectuerait pas dans le miroir (registre imaginaire), mais selon les linéaments de la structuration langagière symbolique ?

  »La liberté de l’homme, écrit Jacques Lacan, s’inscrit toute dans le triangle constituant de la renonciation qu’il impose au désir de l’autre par la menace de la mort pour la jouissance des fruits de son servage, – du sacrifice consenti de sa vie pour les raisons qui donnent à la vie humaine sa mesure -, et du renoncement suicide du vaincu frustrant de sa victoire le maître qu’il abandonne à son inhumaine solitude. »

Le premier côté du triangle invoqué est celui qui situe la position du maître tel qu’il s’inscrit dans l’imaginaire d’un affrontement qui est bien celui qui fit commettre à Thiers les crimes qu’on lui connaît (notamment l’effet de synergie avec le Prussien Bismarck), et dont il ne faut pas méconnaître qu’à plus longue échéance ils ont produit… la guerre de 1914-1918.

Le second côté, pour ce qu’il nous dit du prix à payer pour donner la juste mesure de l’humain, est à ranger avec le plus grand soin dans les figures de l’amour.

Quant au troisième, il fait voir que la seule préoccupation de « frustrer » le maître en quoi que ce soit (puisque la « frustration » est toujours et uniquement relative au registre imaginaire) n’est qu’affaire de pitre, en ce qu’elle est un refus caractérisé de saisir la chance qu’offrait alors l’instinct de mort de produire du texte (c’est-à-dire des articulations symboliques) dans le champ même de la vérité.

En effet, et comme le souligne Jacques Lacan le désir y était, et dans sa forme la plus pure : « De ces figures de la mort, la troisième est le suprême détour par où la particularité immédiate du désir, reconquérant sa forme ineffable, retrouve dans la dénégation un triomphe dernier. [...] Elle n’est pas [...] une perversion de l’instinct , mais cette affirmation désespérée de la vie qui est la forme la plus pure où nous reconnaissons l’instinct de mort. » Encore eût-il fallu lui fournir cette écriture en forme de cicatrice qui signe la vraie blessure (la blessure du vrai) et qui la cautérise tout à la fois.

Publié dans : Non classé |le 1 janvier, 2011 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Le Blog de "l'Africain" |
Blog du Collectif de Résist... |
tropcesttrop |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le défi démo-cratique en Al...
| RENAISSANCE SOCIALE DEMOCRA...
| Ligue Algerienne pour la Dé...