Archive pour le 11 janvier, 2011

19. Sais-tu que je t’aime, toi qui es démuni(e), car de ton malheur dépend notre jouissance sans limite, à moi et au Dieu qui nous regarde

A propos de déshérité(e)s, voici ce que constatait, en l’an de grâce 1975, notre grand ami Jacques Delors dont nous imaginerons aisément la voix mortifiée et contrite  : « Il y a [...] trois catégories de jeunes : les écrasés, ceux qui n’ont aucune chance, tels mes anciens camarades de l’école communale ; à l’autre extrême, il y a les fils et les filles des classes moyennes et aisées, ils ont eu le temps d’étudier et de réfléchir, puis de participer.  Au milieu il y a ceux, qui comme moi, ne doivent qu’à la chance et une bonne santé de cumuler travail, études, activités diverses. [...] » Eh ben voyons … Et c’est avec une étonnante clairvoyance  qu’il nous annonce le « miracle » qui aurait lieu six ans plus tard,- miracle qui devait tout de même le projeter vers les sommets de l’Etat en tant que ministre de l’Economie et des Finances … : « seul le socialisme s’attaque véritablement aux causes profondes de la pauvreté, car il n’est pas fermé aux faibles, il les conforte, les appuie, leur donne une deuxième ou une troisième chance, leur confère une véritable emprise sur les choses – et sur leur propre vie. [...] »  On voit que M. Jacques Delors, démocrate chrétien et socialiste par dessus le marché  !…  (Non, non, cela n’est pas contradictoire du tout) est lui aussi un grand adepte de la béquille …

Evidemment, ce qui importe à ce genre de personnages, c’est de donner à cette jouissance (imaginaire) de leur moi un semblant de justification morale ou politique, petit exercice fort répandu où l’on se fait fort d’étaler, à la face d’autrui, son altruisme et ses bons sentiments, tout en pleurnichant sur les grands malheurs de ce monde …  M. Thiers, lui, reconnaît avec une certaine bonhomie …, que « sans doute dans cette société  compliquée, où le moindre ressort dérangé produit des perturbations profondes, il y a des crises où tout manque à la fois à certaines classes » et que,  par conséquent,  « il faut venir à leur secours ; nous en sommes d’avis, car nous n’avons pas des coeurs de fer parce que nous avons des têtes saines ; il faut venir, dis-je, à leur secours, non à titre de restitution, mais à titre de fraternité, vertu charmante quand elle est sincère. »

Nul doute que chacune et chacun saura apprécier le « non à titre de restitution » …

Liberté, égalité, fraternité, donc …  A des hommes de la même espèce qu’Adolphe Thiers qui la revendiquent haut et fort chaque fois qu’elle est censée servir leurs intérêts, il faut bien dire qu’elle donnerait plutôt la nausée. Mais enfin, pour ces gens-là, point de jouissance sans certains sacrifices. De ce côté, Schopenhauer en tant que philosophe semblait en connaître un rayon … Mais revenons à notre grand jouisseur Adolphe Thiers qui n’est pas mal non plus du côté d’un imaginaire qui tient du délire : c’est bien entendu au péril de sa vie (rien de moins) que l’homme habile, laborieux et … riche - vient au secours du pauvre ; l’ultime jouissance est cependant à ce prix et il le sait,  ce bougre de Thiers. On dirait même qu’il l’a vécue lui-même cette aventure terrible ; d’ailleurs il faut bien dire qu’à le lire nous finirions par en avoir nous-mêmes le frisson … :   « [le riche quitte] ses palais pour aller visiter la chaumière du pauvre, bravant la saleté hideuse, la maladie contagieuse, et quand il  a découvert cette jouissance nouvelle, il s’y passionne, il la savoure, et ne peut plus s’en détacher. »

Karl Marx ne qualifiait-il pas, à juste titre, cet odieux personnage de « nabot monstrueux » ?

Le meilleur est cependant à venir : il restera une dernière petite touche à apporter à ce tableau véritablement orgiaque et tout à fait à la hauteur, d’ailleurs, des oeuvres du grand Jérôme Bosch : la jouissance suprême, celle du grand Autre, celle de ce Dieu tout puissant, lequel  -  Thiers peut nous l’assurer puisque les voies du Seigneur semblent ne plus être impénétrables pour lui  -  est à la fois source et caution de cette merveille que voici : « … [la richesse et la pauvreté] marchant appuyées l’une sur l’autre, se procurant des jouissances réciproques, et formant un groupe cent fois plus touchant à voir que cette pauvreté seule à côté d’une autre pauvreté, se refusant mutuellement la main, et privées de deux sentiments exquis la charité et la reconnaissance ».

Puisque donc  « l’amour » vaincra, tout va décidément pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’est-ce pas ??…

 

Publié dans:Non classé |on 11 janvier, 2011 |Pas de commentaires »

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