Archive pour février, 2011

18. La charité, clé de voûte de la jouissance suprême

 Il va bien falloir trouver des arguments de choc pour expliquer comment il se peut que celles et ceux qui dépensent leurs forces et leur santé à créer les  richesses sont paradoxalement très loin de bénéficier de la prospérité, nouvelle terre promise, revendiquée par un système économique et politique fondé sur l’apologie du travail,   - d’un certain travail …  A cet égard, Monsieur Thiers n’assure-t-il pas que « La société civilisée ayant consacré par écrit le droit de propriété, qu’elle avait trouvé existant sous forme d’habitude dans la société barbare, l’ayant consacré dans le but d’assurer, d’encourager, d’exciter le travail, on peut dire que le travail est la source, le fondement, du droit de propriété ».

Pour justifier les inégalités sociales décidément trop criantes, on va tout naturellement invoquer le facteur chance, bien pratique celui-là ; si pratique qu’il sera repris au XXème siècle par  un démocrate chrétien de renom, un certain … Jacques Delors. C’est alors que l’on verra dame Charité appelée à la rescousse pour pallier cette très regrettable malchance qui fait que certains (un grand nombre, en fait) manquent des ressources nécessaires pour vivre. Et c’est Monsieur Thiers encore qui, sur sa chaire haut perché, nous enseigne que « dans cette marche incessante vers un état meilleur, le travail qui a réussi vient au secours du travail qui n’a pas réussi, et la richesse qui peut avoir tous les vices, mais qui peut aussi avoir toutes les vertus, soutient la pauvreté. »

Ah bon ?  Mais alors la chance et la malchance, d’où procèdent-elles donc ? mais d’une puissance transcendante contre laquelle on ne peut rien, évidemment. Tout comme un Voltaire « libre penseur » n’a eu de cesse de vouloir mettre Dieu dans la bouche du peuple ignorant, assimilable pour lui à un troupeau de boeufs, Thiers n’hésite pas à le mettre, ce Dieu, à contribution : si les choses sont ce qu’elles sont, c’est bien parce que Dieu l’a voulu … Le voici qui martèle :  « Ces facultés à la fois physiques et morales sont à l’homme à qui Dieu les donna. Il les tient de Dieu, de ce Dieu que je nommerai comme il vous plaira dieu, fatalité, hasard, auteur enfin quel qu’il soit, auteur des choses, les laissant faire ou les faisant, les souffrant ou les voulant. » C’est pourquoi, « moi [le grand Adolphe Thiers], qui m’en rapporte aux faits visibles des volontés de Dieu, c’est-à-dire des lois de la création, je déclare que puisque l’homme est inégalement doué, Dieu a voulu sans doute qu’il eût des jouissances inégales [...]. »

Jouir ! Ah ! le voilà donc ce bienfait, quoi ! ce privilège inestimable apparu par la grâce du sacro-saint droit de propriété ! … N’en pouvant plus, Petit Adolphe se met carrément à la place d’un homme qu’il nous décrit habile et laborieux : le pauvre homme a produit plus qu’il ne peut consommer et il ne sait quoi faire de ce surplus … (Monsieur Thiers veut modestement nous faire comprendre qu’il est riche). Et c’est alors que, sous nos yeux, prend forme une histoire tout à faire extraordinaire, tout bonnement digne de Saint François d’Assise… « J’aperçois à la limite de mon champ, un malheureux expirant de fatigue et de faim. J’accours à cette vue, je verse dans son gosier un peu de ce vin dont j’avais trop ; je présente à sa bouche un de ces fruits dont je ne savais que faire ; je jette sur ses épaules un de ces vêtements dont j’avais plusieurs, et je vois la vie renaître en lui, le sourire de la reconnaissance empreindre son visage, et j’éprouve en mon coeur une jouissance plus vive que celle que je ressentais dans ma bouche, lorsque je savourais les fruits de mon champ. » Et voilà notre brave Adolphe bien empêtré dans son fatras imaginaire.

Publié dans:Non classé |on 5 février, 2011 |Pas de commentaires »

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