Archive pour mars, 2011

17. La prospérité générale, un alibi pour la jouissance (imaginaire) du moi entrepreneurial ?

Décidément pétri d’admiration devant ce moi (le sien) élevé au rang d’emblème du genre humain, (petit) Adolphe interroge, et tire lui-même la conclusion … : « [...] ces pieds, ces mains, ces yeux, cet esprit, qui sont à moi, non à un autre, sont-ils égaux à ceux de tous mes semblables ? Assurément non. Je remarque dans mes facultés et celles de mes semblables de notables différences, j’observe que les uns par suite de ces différences sont dans la misère ou l’abondance, dans l’impossibilité de se défendre ou dans le cas de dominer les autres. » Voilà qui est lâché… La mise en valeur du « capital humain » comme unique condition de LA réussite sociale – laquelle deviendra le leitmotiv de la pensée néolibérale du XXIème siècle – faisait déjà son chemin dans cet esprit mal intentionné.

Désormais, le moi et ses préjugés seront cautionnés par la toute-puissance accordée à l’individu sûr de son droit depuis qu’il a été solennellement déclaré libre, c’est-à-dire propriétaire de lui-même comme de sa conscience, nécessairement infaillible … Il va sans dire que ce tour de force aura une grave conséquence sur le plan politique : celle de justifier toutes les inégalités sociales et de faire disparaître, dans le même temps et comme par enchantement, l’injustice du paysage social en la recouvrant du très commode manteau de la responsabilité individuelle.

Mais laissons notre très cher ami Thiers poursuivre ses savantes déductions … « Partons donc de ce principe que la propriété, comme tout ce qui est de l’homme, deviendra droit, droit bien démontré, si l’observation de la société révèle le besoin de cette institution, sa convenance, son utilité, sa nécessité, si, enfin, je prouve qu’elle est aussi indispensable à l’existence de l’homme que la liberté elle-même. Parvenu à ce point, je pourrai dire : la propriété est un droit, aussi légitimement que je dis : la liberté est un droit. » Le sort en est à présent jeté. Le propriétaire ne doit rien à la société puisqu’il en est devenu indépendant par l’affranchissement de l’individu avec qui il ne fait plus qu’un. Cependant que la société, elle, lui doit tout puisque de lui, de son bon vouloir, de son moi en somme – comme de l’exigence d’un nouveau Dieu – dépend sa prospérité à elle…

C’est Son Excellence Adolphe Thiers qui nous le dit lui-même. D’ailleurs, que ces ingrat(e)s qui osent brandir l’étendard menaçant de la loi agraire se le tiennent pour dit : il ne leur permettra pas de remettre en cause les extraordinaires bienfaits du droit de propriété :   »Celui [...] qui se livrant à son goût, à son habileté pour le travail, s’expose, en devenant plus riche, à choquer votre envie, a contribué à la prospérité commune, et notamment à la vôtre. [...] L’abondance qu’il a contribué à créer est au profit de l’humanité, et la société lui permet de grandir, en résultât-il une inégalité par rapport à d’autres qui travaillent moins bien, elle le lui permet parce-que la prospérité générale grandit avec sa prospérité à lui. » Que voilà donc un vase communiquant magique … et tout simplement imaginaire.

Prospérité, dites-vous ?… A votre époque, Monsieur Thiers, beaucoup d’ouvriers, d’ouvrières ainsi que leurs enfants ne travaillaient pas moins de 16 heures par jour… Malgré cette effroyable quantité de labeur, la pauvreté – pour ne pas dire l’extrême pauvreté – ne les quittait pas d’une semelle. Comment donc justifierez-vous ce résultat édifiant, malgré les inestimables qualités et les très grands efforts de ces innombrables petits « moi » particulièrement altruistes (et non moins récupérateurs de grasses plus-values) ?….

C’est ce que nous n’allons pas tarder à savoir…

Publié dans:Non classé |on 20 mars, 2011 |Pas de commentaires »

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