Archive pour juin, 2011

14. Dans sa relation imaginaire avec autrui, le moi n’aurait-il pas pour seule et ultime visée la jouissance du Père (Dieu) ? Qu’en est-il de ce grand Autre, l’inconscient ?…

C’est à l’en croire tout vibrant d’exaltation que Schopenhauer ne se lasse pas de nous assurer que « celui qui va à la mort pour sa patrie, est délivré de l’illusion, ne borne plus son être aux limites de sa personne : il l’étend, cet être, y embrasse tous ceux de son pays en qui il va continuer de vivre, et même les générations futures pour qui il fait ce qu’il fait. Ainsi la mort pour lui n’est que comme le clignement des yeux, qui n’interrompt pas la vision. « 

A vrai dire, notre pauvre Arthur pratique ici l’amalgame entre la mort du « moi » et la mort de l’individu, tout en insérant celle-ci dans l’imaginaire guerrier qui encadre la figure du héros… Il n’a manifestement pas les clés du système symbolique : d’où la prolifération, chez lui, de toutes les figures du même registre imaginaire, et jusqu’aux plus caricaturales.

Car voici que nous est imposée cette représentation manichéenne – et par là même particulièrement simpliste et affligeante – de la société humaine. Notre philosophe, tout bonnement aveuglé, nous décrit « un homme pour qui tous les autres ne sont qu’un non-moi ; au fond sa propre personne, seule, est pour lui vraiment réelle : les autres ne sont à vrai dire que fantômes ; il leur reconnaît une existence, mais relative : ils peuvent lui servir comme instruments de ses desseins, ou bien le contrarier, et voilà tout ; enfin entre sa personne et eux tous, il y a une distance immense, un abîme profond ; le voilà devant la mort : avec lui, toute réalité, le monde entier lui semble disparaître. » Face à celui-ci et s’y opposant, un autre homme nous est présenté qui est semble-t-il son exact contraire. C’est alors que nous sommes littéralement pris à témoin dans une stupéfiante confrontation … « Voyez cet autre : en tous ses semblables, bien plus, en tout ce qui a vie, il reconnaît son essence, il se reconnaît ; son existence se fond dans l’existence de tous les vivants : par la mort, il ne perd qu’une faible portion de cette existence ; il subsiste en tous les autres, en qui toujours il a reconnu, aimé son essence, son être ; seulement l’illusion va tomber, l’illusion qui séparait sa conscience de toutes les autres. Ainsi s’explique, non pas entièrement, mais en grande partie, la conduite si différente que tiennent en face de la mort l’homme d’une bonté extraordinaire et le scélérat. « 

C’est ainsi que, finalement, de la méconnaissance (imaginaire) à une connaissance (tout aussi imaginaire) des autres, rien de changé. En conséquence, impossible de sortir de cette polarité d’une pauvreté intellectuelle navrante : le bon, le scélérat. Mais c’est le seul vrai ressort de toutes les intrigues qui se mènent dans le registre imaginaire. Heureux les pauvres d’esprit !…

… Jusqu’à ce que l’impasse, inévitable, se profile à l’horizon pour un Schopenhauer qui se voit alors contraint de reconnaître qu’il doit s’en tenir  »à ces simples indications touchant la métaphysique de la morale », avec toutefois quelque regret …  « et pourtant il resterait encore à faire un pas de plus, qui est tout à fait nécessaire ». Mais, de toute façon, il semble bien que les carottes sont cuites car, reconnaît-il, « pour cela il faudrait en morale aussi s’être avancé d’un pas plus loin ; et c’est ce qui ne se peut guère ici : en Europe, la morale ne se propose pas de but supérieur à la théorie du droit et de la vertu ; ce qui est au-delà, elle l’ignore ou le méconnaît. Ainsi, en omettant par nécessité ce dernier point, je dois ajouter qu’avec cette esquisse d’ensemble d’une métaphysique de la morale, on ne peut entrevoir, même de loin, la clef de voûte de l’édifice métaphysique complet : on ne peut deviner la véritable liaison des parties de la Divina Commedia. [...] « 

Comment dire autrement que tous les efforts de Schopenhauer auront manqué le but qu’il se proposait d’atteindre ?

La raison de cet échec tient au fait que, sans le dire –et peut-être sans oser se l’avouer à lui-même -, il vise à atteindre l’Un premier : Dieu. Après Kant, et compte tenu de l’évolution de la société occidentale dans les décennies qui ont suivi, cet objectif ne pouvait plus qu’échapper à la réflexion philosophique. Il restait à attendre l’intervention de Freud, et à apprendre de lui la place qu’au coeur même de toute réflexion sur l’histoire humaine, il faut absolument faire à l’inconscient et à son cortège d’apories (pour reprendre un terme essentiel dans les démonstrations de Kant).

 

Publié dans:Non classé |on 5 juin, 2011 |Pas de commentaires »

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