13. Dès lors que le moi apparaît dans son morcellement, se dessine – par delà la structuration imaginaire – un tout autre univers

« [...] [L]a bonté d’âme [est] un sentiment profond de pitié, étendu à tout l’univers, à tout ce qui a vie, mais surtout à l’homme, écrit Arthur Schopenhauer ; car à mesure que l’intelligence s’élève, grandit aussi la capacité de souffrir ; et les souffrances innombrables, qui s’attaquent à l’homme dans son esprit et dans son corps, ont des droits plus pressants à notre compassion, que les douleurs toutes physiques, et par là même plus obscures, de l’animal. « 

Quoique… Car, c’est la même structuration qui réunit tant de personnes autour de la considération apitoyée de la… vie des animaux.

 » La manière de voir qui est au fond celle de l’égoïste, est parfaitement juste, dans le domaine empirique. Au point de vue de l’expérience, la différence entre une personne et celle d’autrui paraît être absolue. Nous sommes divers quant à l’espace : cette diversité me sépare d’autrui, et par suite aussi, mon bien et mon mal de ceux d’autrui. Mais d’abord, il faut le remarquer, la notion que nous avons de notre propre moi n’est pas de celles qui épuisent le sujet et l’éclairent jusque dans son dernier fond. Grâce à l’intuition que notre cerveau construit avec les données des sens, d’une manière par conséquent indirecte, nous connaissons notre propre corps : c’est un objet dans l’espace ; grâce au sens intime, nous connaissons la série continue de nos désirs, des actes de volonté qui naissent en nous à l’occasion de motifs venus du dehors, et enfin les mouvements multiples, tantôt forts, tantôt faibles, de notre volonté elle-même, mouvements auxquels en fin de compte se ramènent tous les faits dont nous avons sentiment. Mais c’est tout : la connaissance ne saurait se connaître à son tour. Le substrat lui-même de toute cette apparence, l’être en soi, l’être intérieur, celui qui veut et qui connaît, nous est inaccessible : nous n’avons de vue que sur le dehors ; au-dedans, ténèbres. « 

Il y a ici l’esquisse d’une orientation très intéressante, comme le pressentiment de ce que la structuration imaginaire, parce qu’elle est sans épaisseur, ne peut appréhender la chair au-delà de l’image. D’où la réinsertion d’un espace qui ne serait pas que celui qui est nécessaire à la dichotomie moi/autrui… D’un espace charnel, qui dépasse le système de la conscience (alors que celle-ci ne concerne que les effets de miroir).

C’est dans cet espace doué d’une certaine compacité que trouvent leur siège nos « désirs » et « actes de volonté« . Mais d’où vient que ceux-ci puissent à ce point se saisir de notre personne ?

 » Ainsi la connaissance que nous avons de nous-mêmes n’est ni complète, ni égale en profondeur à son sujet mais plutôt elle est superficielle ; une partie, la plus grande, la plus essentielle, de nous-mêmes, demeure pour nous une inconnue, un problème [...]. Or, en cette partie de nous, qui tombe sous notre connaissance, assurément chacun diffère nettement des autres ; mais il ne s’ensuit pas encore, qu’il en soit de même pour cette grande et essentielle partie qui demeure pour nous voilée et inconnue. Pour celle-là, il est du moins possible qu’elle soit en nous tous comme un fond unique et identique. « 

Ce « fond unique et identique« , ce substrat, a un nom en philosophie : c’est le sujet (subjectum), qui trouve une figuration particulièrement intéressante dans ce « je » grammatical qui prend la place de chacune et chacun de nous sitôt que la parole intervient… Or, c’est bien le même « je » que nous utilisons toutes et tous en tant que chacun(e) de nous (s)‘exprime en son nom propre.

Aussi universel et discret que possible, il est doublement intéressant, du fait de la doublure qui l’accompagne parfois : « moi », pour donner « moi, je ». Comme on le constate avec une certaine stupeur, l’imaginaire est toujours à deux doigts de se saisir du « sujet » pour lui faire tenir le discours commun (directement inspiré de l’idéologie dominante), et lui donner matière à perdre le fil des articulations symboliques qu’il se surprend à produire lorsqu’il est au meilleur de sa forme (cf. l’amour courtois), et qui, seules, peuvent dénouer de façon poétique (créatrice) les illusions rattachées aux diverses identifications imaginaires qui assurent la pérennisation du « moi ». Celui-ci se défend alors avec une résistance d’autant plus acharnée que sa survie (imaginaire) lui semble compromise, en même temps que l’ensemble de son univers (le registre imaginaire) apparaît comme menacé d’implosion…

Publié dans : Non classé |le 20 juillet, 2011 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 29 juillet, 2011 à 10:00 Glurerextdite écrit:

    Lire le blog en entier, tres bon

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