Archive pour août, 2011

12. Où l’on confère à la morale une justification métaphysique à travers l’image sacrificielle que peut représenter le don de soi, avec pour effet la jouissance (inconsciente) du moi, encore et toujours …

Il n’est cependant pas suffisant pour Schopenhauer, notre brave philosophe, de donner une simple assise phénoménologique à son fondement de la morale : il va s’appliquer, de façon par ailleurs assez laborieuse, à lui découvrir une explication métaphysique…  » J’ai maintenant achevé, écrit-il, d’expliquer le principe de la moralité pris comme pur fait ; j’ai montré que de lui seul découle toute justice désintéressée, toute charité vraie : et de ces deux vertus cardinales sortent toutes les autres. C’en est assez pour fonder l’éthique, en un sens du moins : car cette science, de toute nécessité, doit reposer sur quelque base réelle, saisissable et démontrable, choisie soit dans le monde extérieur, soit dans celui de la conscience [...]. Toutefois, je le sens bien, l’esprit humain n’est pas pour si peu entièrement content, et ne se repose pas là-dessus à jamais. Il lui arrive ici comme à la fin de toute recherche et de toute science touchant à la réalité : il se trouve en face d’un fait primordial ; ce fait rend bien compte de tout ce qui se trouve enfermé dans le concept que nous en avons, et de tout ce qui en résulte, mais lui-même demeure inexpliqué, et nous offre un problème. [...] De là nait pour nous cette question : pourquoi la réalité qui s’offre à nos sens et à notre intelligence, est-elle comme elle est et non pas autrement ? par quelle conséquence, étant donnée l’essence intime des choses, leur phénomène prend-il le caractère qu’on vient de lui voir ? « 

Nous retenons notre souffle : de quoi peut-il s’agir ?

 » Nulle part plus qu’en morale, la nécessité d’une explication métaphysique n’est pressante : car il est un point sur lequel s’accordent tous les systèmes, philosophiques ou religieux : c’est que la signification morale des actions enveloppe une signification métaphysique, une signification qui dépasse la région du pur phénomène, qui va plus haut que toute expérience possible, et qui touche de plus près à la question de l’existence de l’univers, à celle de la destinée humaine ; car de degré en degré, quand l’esprit cherche la raison de toute existence, il s’élève à ce sommet suprême : le bien moral. « 

Et alors ?…

«  Or de tous les problèmes dont peut s’occuper l’esprit humain, le problème métaphysique est le plus embarrassant : à tel point que nombre de philosophes l’ont cru insoluble. Pour moi, dans la circonstance présente, une difficulté vient s’ajouter à toutes les autres, qui m’est tout à fait particulière : je dois faire ici une étude qui se suffise à elle-même, et je ne peux partir d’aucun système de métaphysique, me réclamer d’aucun : en effet, il me faudrait alors, ou bien l’exposer, ce qui prendrait trop d’espace, ou bien le supposer, ce qui serait fort déplacé. Je ne puis donc ici, pas plus que précédemment, user de la méthode synthétique : il me faut procéder par analyse, aller non pas du principe aux conséquences, mais des conséquences au principe. « 

De quelle souris va donc accoucher cette énorme montagne d’atermoiements ?

«  Aux yeux du méchant, cette différence [marquée entre soi-même et les autres] est assez grande pour que la souffrance d’autrui, par elle-même, lui devienne une jouissance : et cette jouissance, il la recherche, dût-il ne trouver aucun avantage personnel à la chose, dût-il même en éprouver quelque dommage. Cette différence est encore assez grande aux yeux de l’égoïste, pour qu’il n’hésite pas, en vue d’un avantage même léger à conquérir, à se servir de la douleur des autres comme d’un moyen. Pour l’un et l’autre donc, entre le moi, qui a pour limites celles de leur propre personne, et le non-moi, qui enveloppe le reste de l’univers, il y a un large abîme, une différence fortement marquée : « Pereat mundus, dum ego salvus sim«  [Périsse l’univers, et que je sois sauvé !], voilà leur maxime. Pour l’homme bon, au contraire, cette différence n’est point aussi grande ; même, quand il accomplit ses actes de générosité, elle semble supprimée : il poursuit le bien d’autrui à ses propres dépens : le moi d’un autre, il le traite à l’égal du sien même. Et enfin s’agit-il de sauver un grand nombre de ses semblables, il sacrifie totalement son propre moi ; l’individu donne sa vie pour le grand nombre. [...] « 

Allons directement à la conclusion… en tirant la leçon de la très conséquente prolifération, dans ce paragraphe, de la bipartition moi/autrui qui débouche pour finir sur la redoutable image dite des « membra disjecta » (sur laquelle il est arrivé à Jérôme Bosch de s’attarder avec une horreur bien compréhensible) : l’éparpillement du corps social dans cette multitude des « autres » que vient couronner un « moi« , lui-même « totalement » explosé par le sacrifice.

De même que c’est Dieu (si on le place dans la structuration imaginaire) qui jouit des malheurs du monde, de même, c’est Schopenhauer qui, en élaborant cette scène moi/autrui, ou encore les-bons/les-méchants, prétend nous faire jouir, et lui-même avant tout, à partir d’une scène d’identification imaginaire à la souffrance d’autrui.

Mais de quelle jouissance peut-il s’agir ? (La jouissance n’ayant en effet rien à voir avec le plaisir…)

D’une jouissance inconsciente.

 

Publié dans:Non classé |on 11 août, 2011 |Pas de commentaires »

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