Archive pour octobre, 2011

10. En tant qu’instrument de la jouissance (inconsciente) du moi, l’autre constituera une cible commode dans le jeu politique du droit de propriété

Regardons de plus près ce petit raffinement supplémentaire : « justice » et « charité« , la première n’étant malheureusement que « négative » quand la seconde est « positive« …

« Une autre preuve du caractère négatif qui, malgré l’apparence, est celui de la justice, poursuit Schopenhauer, c’est cette définition triviale : « Donner à chacun ce qui lui appartient.  » Si cela lui appartient, on n’a pas besoin de le lui donner ; le sens est donc : « Ne prendre à personne ce qui lui appartient. » La justice ne commandant rien que de négatif, on peut l’imposer : tous en effet peuvent également pratiquer le « neminem laede » [ne nuis à personne]. »

La dite définition « triviale » de la justice sonne de façon étrange : « Donner à chacun ce qui lui appartient. » On s’attendrait plutôt à trouver : « Donner à chacun ce qui lui revient. » Ce qui est tout de même autre chose, en ce sens que cela introduit une toute autre dimension que le rattachement au simple droit de propriété…

En tout cas, Schopenhauer ne nous laisse pas le choix… Et d’ailleurs il enfonce aussitôt le clou dans la même direction… Être juste, ce serait donc : « Ne prendre à personne ce qui lui appartient« … Autrement dit : « Ne vole pas », « Respecte le droit de propriété ». Voilà une justice qui nous remet effectivement les pieds sur terre…

« Les notions de tort et de droit signifient donc autant que dommage et absence de dommage, en comprenant sous cette dernière expression l’acte d’éloigner un dommage : ces notions sont évidemment indépendantes des législations, et les précédent : il y a donc un droit purement moral, un droit naturel, et une doctrine pure du droit ; pure, c’est-à-dire indépendante de toute institution positive. Les principes de cette doctrine ont, à vrai dire, leur origine dans l’expérience, en ce qu’ils apparaissent à la suite de la notion de dommage : mais en eux-mêmes, ils sont fondés dans l’entendement pur : c’est lui qui a priori nous met en main cette formule : « causa causae est causa effectus » [la cause de la cause est aussi la cause de l’effet] ; dont le sens ici est que si j’accomplis tel acte pour me protéger contre l’agression d’un autre, je ne suis pas la cause première de cet acte, mais bien lui ; donc je peux m’opposer à tout empiétement de sa part, sans lui faire injustice. C’est comme la loi de la réflexion transportée dans le monde moral.« 

 Ayant ainsi fondé la justice sur le droit de propriété, Schopenhauer s’aventure un peu plus loin : avant même qu’autrui ait esquissé le moindre geste délictueux envers ma propriété, et donc « pour me protéger contre l’agression d’un autre« , « je peux m’opposer à tout empiètement de sa part, sans lui faire injustice« .

Et c’est tout juste à cet instant que le bon Arthur nous fournit la preuve qu’ici nous sommes effectivement dans le registre imaginaire (opposition moi –autrui) qui se constitue selon un effet de miroir : « C’est comme la loi de la réflexion transportée dans le monde moral.« 

Concrètement, voilà ce que cela veut dire : à tout moment, je peux prêter des intentions à autrui… c’est-à-dire que s’il me vient à l’esprit qu’autrui risque de me dépouiller de mon bien, cette intention -grâce à l’intercession du registre imaginaire -est simultanément la sienne (jeu de miroir). Je peux donc, en toute bonne foi et instantanément « m’opposer à tout empiètement de sa part, sans lui faire injustice« , et crier « au voleur ! » comme un fou furieux…

Or, comme Schopenhauer n’est pas fou, il sait pertinemment que cette dénonciation n’a pas à intervenir aussi directement : il suffit, pour les possédants, de s’en prendre, dans l’abstrait aux voleurs, fainéants et autres membres des classes pauvres et dangereuses… C’est un droit. C’est tout simplement le plein exercice du droit de propriété dans une société divisée en propriétaires et prolétaires… C’est le nerf de l’idéologie dominante qui anime « moralement » le système d’exploitation de l’être humain par l’être humain.

Et il est urgent de bien faire savoir au peuple qu’il y toujours ici ou là de très dangereux… voleurs de bicyclette.

 

Publié dans:Non classé |on 23 octobre, 2011 |Pas de commentaires »

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