Archive pour décembre, 2011

8. Où l’autre n’existe qu’en tant qu’il est l’instrument de la jouissance (inconsciente) du moi

Alors qu’il s’enfonce sans s’en rendre compte au coeur de ce qui constitue finalement le processus d’aliénation, Arthur Schopen-hauer n’a de cesse de nous répéter que « ce qui est positif, ce qui de soi-même est manifeste, c’est la douleur ; la satisfaction et la jouissance, voilà le négatif : elles ne sont que la suppression de l’autre état. Telle est la raison qui fait que seuls, la souffrance, la privation, le péril, l’isolement d’autrui, éveillent par eux-mêmes et sans intermédiaire notre sympathie. En lui-même, l’être heureux, satisfait, nous laisse indifférents ; pourquoi ? Parce que son état est négatif : c’est l’absence de douleur, de privation, de misère. Et de même, quand il s’agit de nous, il faut en somme une douleur, l’ennui même, pour exciter notre activité ; la satisfaction et le contentement nous laissent dans l’inaction, dans un repos indolent : pourquoi n’en serait-il pas de même quand il s’agit des autres ? car enfin si nous participons à leur état, c’est en nous identifiant à eux. »

Entre « nous » (qu’il faut ici ramener à la pluralité des « moi ») et les « autres », le processus d’ »identification » fait apparaître l’ »excitation » (émergence de la libido, dirait Freud). Nous voici directement dans le registre imaginaire : « moi » et l’ »autre » (qui peut aisément s’éparpiller dans la collectivité vague des « autres »), l’un dans le miroir où il devient l’autre… de sorte qu’il est désormais totalement impossible de voir l’un sans voir l’autre là où il n’y est pas, et justement parce qu’il y est… L’identification, certes, mais dans l’aliénation la plus totale… Et si quelque chose vient mordre l’un, c’est l’autre qui crie : phénomène très « excitant », mais qui a le mérite d’en faire jouir un Autre (Dieu ?) pourvu que ça saigne !… La jouissance, quoi qu’en dise Schopenhauer, n’est pas de ce monde : ni réelle, ni imaginaire, ni symbolique, elle est des trois dimensions tout à la fois, ce qui n’est vraiment pas peu de choses… Faudrait-il pousser le paradoxe jusqu’à dire qu’elle est du côté du noumène ?… Mais, bien sûr, puisque, face aux pires désastres, il n’y en a qu’Un qui puisse jouir sans crainte et sans remords : c’est très précisément l’Un par excellence – Dieu. Rien que du noumène ! Mais revenons sur terre, en compagnie du très brave et très confus Schopenhauer…

Publié dans:Non classé |on 1 décembre, 2011 |Pas de commentaires »

Le Blog de "l'Africain" |
Blog du Collectif de Résist... |
tropcesttrop |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le défi démo-cratique en Al...
| RENAISSANCE SOCIALE DEMOCRA...
| Ligue Algerienne pour la Dé...