Archive pour février, 2012

6. Jugement et sanction des actes : vers l’élaboration d’un processus de culpabilisation

Schopenhauer va saisir l’occasion d’aller au devant d’éventuels contradicteurs en reprenant à nouveau à son compte la nécessité de faire appel à l’expérience pour découvrir le fondement de l’éthique :  « Peut-être m’objectera-t-on que la morale n’a pas à s’occuper de la conduite que les hommes tiennent ; que cette science a à déterminer comment les hommes doivent se conduire. Mais c’est là justement le principe que je nie [...]. Pour moi, tout au contraire, je propose à la morale ce but, d’exposer les diverses façons dont les hommes se conduisent, entre lesquelles, au point de vue du moraliste, les différences sont si grandes, de les expliquer, de les ramener à leurs principes derniers. Dès lors, pour découvrir le fondement de l’éthique, il n’y a qu’une route, celle de l’expérience : il s’agira de rechercher si absolument parlant, il se rencontre des actes, auxquels il faut reconnaître une valeur morale véritable, tels que seraient des actes d’équité spontanée, de charité pure, des actes inspirés par une réelle noblesse de sentiments. Il faudra ensuite les traiter comme des phénomènes donnés, qu’il s’agira d’expliquer correctement, c’est-à-dire, de ramener à leurs causes vraies ; donc nous aurons à découvrir les motifs propres qui décident les hommes à des actes de la sorte, si différents en espèce de tous les autres. Ces motifs, et la faculté d’en éprouver les effets, voilà quel sera le principe dernier de la moralité ; la connaissance de ce principe nous donnera le fondement de l’éthique. »

Ainsi notre désarroi n’aura-t-il été que de très courte durée : au nom sans doute d’un empirisme qui a le mérite de nous éloigner des « subtilités artificielles » de Kant et Cie, c’est sur le spectacle que donne la conduite des hommes que va pouvoir s’orienter le regard discriminant du moraliste pour en déduire les principes derniers qu’elle manifeste. À ce moment, le jugement moral pourra s’abattre sur tel ou tel protagoniste en décrétant : « valeur morale véritable » ! « équité spontanée » ! « charité pure » ! « réelle noblesse de sentiments » !

Avec un peu d’intuition, nous pressentons qu’à ce petit jeu, s’il peut certes y avoir beaucoup d’appelé(e)s, il risque d’y avoir assez peu d’élu(e)s…

Mais, peu importe, puisque nous ne faisons que passer. Or, en approfondissant encore un peu l’expérience, nous n’allons pas tarder à déboucher sur les « vraies causes« , les « motifs« , d’où nous remonterons vers les « effets« , de façon à boucler la boucle : immanquablement et à travers une expérimentation tout à fait scientifique, nous aurons enfin établi le « fondement de l’éthique« … Au bénéfice de qui ? Mais, c’est bien sûr : de la Mère mortifère…

Encore un petit détour, et nous y reviendrons… peut-être.

Publié dans:Non classé |on 14 février, 2012 |Pas de commentaires »

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