Archive pour avril, 2012

4. Un prédicateur qui s’ignore

Pour donner un fondement à son allégation du caractère inné et véritable de la vertu, Schopenhauer soutient que « [...] le premier qui ait mis en lumière cette grave vérité, c’est Kant, dans sa théorie, pleine de grandeur, des deux caractères : le caractère empirique, qui est de l’ordre des phénomènes, et qui en conséquence se manifeste dans le temps et par une multiplicité d’actions ; puis, au fond, le caractère intelligible, c’est-à-dire l’essence de cette même chose en soi, dont l’autre est simplement l’apparence : ce caractère intelligible échappe à l’espace et au temps, à la multiplicité et au changement. Ainsi, mais non pas autrement, peut s’expliquer cette rigidité, cette immutabilité étonnante des caractères, que la vie nous apprend à reconnaître, et qui est la réponse toujours irréfutable de la réalité, de l’expérience, aux prétentions d’une certaine éthique : j’entends celle qui croit améliorer les moeurs des hommes, et qui nous parle de « progrès dans la vertu » ; tandis que, le fait le prouve assez, la vertu est en nous l’oeuvre de la nature, non de la prédication. »

Pas sûr que Schopenhauer ait lu Kant dans le texte (c’est pour Platon que le noumène est assimilé à la réalité intelligible)… Or, en séparant le phénomène du noumène, et en démontrant qu’il est possible et donc nécessaire de les séparer, le philosophe de Königsberg voulait justement contenir l’intelligence humaine en-deçà de toute prise sur le noumène et réciproquement : il veut la libérer, et avec elle l’individu, de toute l’emprise que l’au-delà est susceptible d’exercer sur l’être humain et… sur sa conscience, par le biais en particulier de critères religieux qui ne peuvent avoir, en réalité (c’est-à-dire : dans l’empirie) aucune validité. Leur validité, s’il faut leur en concéder une, ils ne la possèdent que dans le champ spécifique de la foi… qui, comme chacun sait, est, elle, une stricte affaire… d’intériorité. Par dérision, nous pouvons d’ailleurs indiquer à Schopenhauer qu’il lui est tout à fait loisible de s’y enfermer avec lui-même…

Il restera à voir que c’est précisément ce qu’il fait…

En attendant, Arthur aura encore réussi à se prendre magnifiquement les pieds dans le tapis de la philosophie. Prenons son dernier bout de phrase : « la vertu est en nous l’oeuvre de la nature ». Il y insiste donc : elle serait innée. Mais, alors, pourquoi nous en parler ? Laissons-la faire, et tout ira pour le mieux sous des conditions qui nous échappent totalement… puisque la nature y règne, et sans blablabla.

Or, voici qui est étrange : pourquoi Schopenhauer s’en prend-il à la « prédication » ? Pourquoi ce mot-là, et pas un autre ?

En tout cas, blablabla ou prédication, sa phrase sur « la vertu… » se décompose logiquement comme suit :

sujet = « la vertu »

copule = « est »

prédicat = « en nous l’oeuvre de la nature »

Quoi qu’il en soit de l’usage religieux du mot « prédication », techniquement, et par le simple fait d’affirmer l’une des caractéristiques possibles de la vertu, Schopenhauer est déjà lui aussi dans la « prédication » jusqu’au cou… Pour échapper à la prédication, il lui faudrait tout bonnement se taire. Ce qui serait tout de même embarrassant pour cette immense bonne volonté qu’il met à nous « prouver » que, etc…

Publié dans:Non classé |on 27 avril, 2012 |Pas de commentaires »

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