Archive pour juillet, 2012

2. La conscience comme substrat infaillible… à l’image de Dieu

Revenant sur les concepts développés par Kant à propos du fondement de la morale, Schopenhauer considère que « tout cela est excellent, pour faire résonner les murs d’une salle, et exercer l’esprit à la pénétration : mais ce n’est pas de là que peut venir cette voix, bien réelle pourtant, qui se fait entendre en chaque homme, et qui l’invite à être juste et bon ; ce n’est pas là de quoi tenir en échec nos tendances si fortes à l’injustice et à la dureté, ni enfin pour donner leur force légitime aux reproches de la conscience : car de les justifier par ceci, que ces maximes subtiles ont été transgressées, c’est vouloir les rendre ridicules. Non, pour qui traite les choses sérieusement, ces combinaisons artificielles de concepts ne peuvent plus contenir le vrai principe qui nous pousse à être justes et charitables. Ce principe bien plutôt doit demander peu de méditation, encore moins d’abstraction et de combinaison ; il doit, indépendamment de toute culture intellectuelle, s’offrir à chacun, aux plus simples des hommes, se révéler à la première intuition, et nous être comme imposé directement par la réalité des choses. »

Au-delà du silence des beaux discours extérieurs qu’il imagine avoir fait taire ou mis entre parenthèses, Schopenhauer pense qu’il est possible d’entendre une « voix bien réelle » qui « invite à être juste et bon » : la « conscience »… Voilà bien un « machin » que Nietzsche nous a appris à ne considérer qu’avec la plus grande méfiance, et Freud, et Lacan après lui. Mais pourquoi donc cette méfiance ? Elle se rattache au fait que la conscience puisse être là, dans notre intérieur, et nous y faire la morale : c’est effectivement très suspect… « Elle » nous parle… « Elle » nous dit quelque chose qui peut et doit nous atteindre très directement : des  »reproches » ! De quel droit ? Sait-elle vraiment de quoi elle parle ? Sans doute… Mais, alors, qui est-elle ? Appartient-elle à une structure collégiale, à un comité de réflexion, ou bien s’exprime-t-elle à titre personnel ? Et que fait-elle chez chacun(e) de nous ?…

Ce qui est certain, c’est que, pour Schopenhauer, elle est « le vrai principe qui nous pousse à être justes et charitables »…  

Or, sous le masque de ce « vrai principe », nous avons soudainement l’impression de reconnaître quelqu’un… En tout cas, nous dit notre auteur, « il doit »… »s‘offrir à chacun », « se révéler à la première intuition », et ce qui est essentiel pour nous éviter d’avoir le moindre doute, « nous être comme imposé directement par la réalité des choses ».

Tiens ! c’est quoi, ça : l’imposition par la réalité des choses ?… La loi ? le droit ? les tribunaux ? la matraque ? le fusil?… Ou tout simplement l’incapacité matérielle de prendre un minimum de recul (intellectuel, pourrait-on oser, en utilisant les grands mots)?…

Mais alors, si l’objectif est d’atteindre « le vrai principe qui nous pousse à être justes et charitables« , nous voici tout de même un peu décontenancés. Allons-vous véritablement être justes et cha-ritables de notre propre chef ? Ou bien, seulement par délégation de la lucidité exclusive du premier principe ? (Décidément, même avec sa fausse barbe, nous croyons l’avoir reconnu, le gaillard qui s’est glissé à l’intérieur !)

Publié dans:Non classé |on 10 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

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