31. Où des proclamations prétendument humanistes servent à promouvoir une humanité à deux vitesses

En quoi consiste la « démonstration » de ce qu’il s’agit de faire passer pour une « vérité reconnue », et du même coup rassurante, que nul n’osera mettre en doute dès lors qu’elle aura intégré le giron de « l’opinion universelle » ? Considérant « l’indépendance de la pensée  » et  la liberté politique qui en serait la condition comme des nécessités absolues et incontestables, Constant n’hésite pas à les assimiler à des fonctions physiologiques vitales, c’est-à-dire, touchant à l’essentiel de la vie. De la vie de la personne humaine et, dans une plus large dimension, de celle de la collectivité par exemple …

On pourrait s’attendre à ce que « l’indépendance de la pensée » ait, pour un personnage qui se présente – et peut effectivement apparaître – comme un grand « humaniste », un caractère universel justement par le fait qu’elle touche à l’essentiel de la vie tout « comme l’air à la vie physique » . En y regardant bien, de quoi (de qui ?) Constant nous parle-t-il lorsqu’il se plaît à évoquer  le « genre humain » ? Malgré son habileté à manipuler les mots et la syntaxe pour dire les choses sans avoir l’air de les dire, Constant n’empêche pas le doute de s’insinuer dans nos esprits dès lors qu’il introduit cette curieuse affirmation selon laquelle « l’indépendance de la pensée est aussi nécessaire, même à la littérature légère, aux sciences et aux arts que l’air à la vie physique. » …

Qu’est-ce à dire ? …

Constant n’affirmait-il pas précédemment que « [la nature] a voulu que toutes nos facultés eussent entre elles une liaison intime et qu’aucune ne pût être limitée sans que les autres s’en ressentent… ? Ne voulait-il pas dire que « nos facultés » se rapportent à nous toutes et tous, en tant que nous sommes membres de ce « genre humain » auquel lui-même ne peut que s’identifier, en toute modestie ?… Cela est plus que douteux, n’en déplaise à ses admirateurs qui n’ont semble-t-il pas  lu   ses « Principes de politique » dans leur ensemble, comme dans le détail …

S’ils n’avaient pas été aveuglés, sans doute auraient-ils pu prendre toute la mesure du caractère finalement distinctif,       c’est-à-dire non universel, de « nos facultés » telles qu’en réalité elles sont appréhendées et évoquées dans le contexte tout à  fait      particulier     des « Principes de politique ». En effet, bien loin de constituer le bien commun et indivisible de l’humanité, « nos facultés » correspondent dans l’esprit de Constant au bien exclusif dont il considère disposer lui-même avec d’autres en tant que membres d’une portion du peuple  socialement pourvue : d’un capital intellectuel d’une part, sous la forme des « lumières » dont « l’indépendance de la pensée » est l’un des fleurons à préserver, d’un capital financier d’autre part. C’est donc bien la raison pour laquelle, « bientôt le commerce, les professions et les métiers les plus nécessaires se ressentiraient de la mort de la pensée » …

Comment un « humaniste », un amoureux de la « liberté » va-t-il pouvoir justifier l’existence de prétendues distinctions hiérarchisant le genre humain ? Par le truchement de sa célèbre fabrique de  « vérités reconnues  » qui va produire, entre autres imbécilités, la lumineuse déclaration que voici : « erreur ou vérité, la pensée de l’homme est sa propriété la plus sacrée» ... A partir d’un principe fumeux, il suffira donc d’affirmer, comme pour Dieu, que la Propriété EST juste et bonne pour qu’elle le SOIT ; dès lors qu’elle aura rejoint le royaume bienheureux des entités transcendantes (tout en gardant les pieds sur terre !) , les classes possédantes auréolées de lumière(s) pourront incarner à travers Elle rien de moins que la quintessence de l’humanité ! …

Les conséquences de tout ceci ?…

Il se pourrait que des êtres humains soient exilés, rejetés de l’humanité telle que déterminée en fonction d’une appartenance  liée à la  possession de ce qui serait censé définir l’être humain, sa « quintessence » ; d’où la menace représentée par la conception sous-jacente et d’autant plus retoutable de l’existence d’une humanité différenciée, c’est-à-dire « non humaine », voire « an-humaine », avec toutes les conséquences qui en découlent : instituée comme mesure-jauge de la personne humaine, la propriété accorderait les pleins droits à ses jouisseurs financiers, guerriers, sexuels et tutti quanti,  leur permettant d’user et d’abuser de celle-ci jusqu’à maltraiter, torturer, tuer  … en toute impunité, et sans qu’aucune considération éthique puisse même empêcher ni même limiter quoi que ce soit !

Il semblerait bien que nous en ayons chaque jour la démonstration ; cette démonstration est bel et bien vraie, mais la voyons-nous pour autant ??

Publié dans : Non classé | le 30 octobre, 2010 |Pas de Commentaires »
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